Regards sur le Stockfeld / A fleur de peau, entre cité et cité jardin.

novembre 12, 2010

A fleur de peau, entre cité et cité jardin.

« Armstrong je ne suis pas noir – Je suis blanc de peau – Quand on veut chanter l’espoir – Quel manque de pot… » ainsi jouait Claude Nougaro avec les mots, les peaux et les pots dans une chanson hommage au jazzman Louis Armstrong

« Manque de pot » c’est sans doute le sentiment général et partagé par les habitants du Neuhof depuis plus d’un siècle quelque soit le quartier habité, vivre en ces territoires c’est semble-t-il être frappé de malchance. Et si ce manque de pot était en fait un manque de peau, sentiment de manque de protection, de dénuement voir d’abandon, c’est alors de corps dont on parle et non plus d’horticulture, du corps des habitants, du corps social de la cité ou plutôt des différents corps qui la constituent ici  par juxtaposition de territoires séparés chacun par sa peau à l’identité revendiquée. Circuler en ce quartier, c’est négocier ces différentes peaux, appelons les, limites, frontières, passages réels ou imaginaires.

Peaux-rouges ; les habitants déplacés du centre ville de Strasbourg au Stockfeld au début du XXe siècle se faisaient appeler les « Indiens du Stockfeld » sans doute en raison du sentiment de vivre dans un « camp » éloigné de la ville, entouré par la forêt, une poche d’habitations repliée sur elle-même au dessin organique faisant penser à des strates de derme, appendice extrême de la communauté urbaine.

Plus tard, ce seront les gens du voyage qui camperont non loin de là, en bordure d’aérodrome, il y sont encore, vivant de façon précaire entre caravanes, constructions informelles et logements sociaux standardisés. La peau est pour cette population réellement « rouge », foncée venue de l’est, d’Inde d’où migra, il y a bien longtemps, la population Rom.

Et d’autres peaux, blanches, jaunes, noires dans la Cité, ensemble de logements sociaux construits durant ces 30 années dites glorieuses, des peaux et des visages de jeunes gens désoeuvrés, parfois encapuchonnés, cachant ces peaux qui appellent au contrôle au faciès, peau à stigmate pour moinillons en souffrance.

Venir au Neuhof, c’est dans la tête de beaucoup risquer, non de la perdre, sa peau, mais d’être « dépouiller » [montre, téléphone, lecteur de musique, appareillage devenu « peau »] ou pire qu’il soit porter atteinte à la peau cuirasse de son véhicule, dépouilles calcinées d’automobiles offertes en pâture médiatique les soirs de Saint Silvestre.

La question est bien là, celle du dépouillement, non du dépouillement chrétien façon Saint Martin qui par le don matériel panse l’injustice sociale tout en maintenant les écarts, mais d’un dépouillement culturel qui nous déferait de l’habit empesé des atavismes et nous permettrait de penser la rencontre et l’échange au-delà des scénarios pré-conçus pour reportage de journal télévisé.

Alors, ce quartier ne souffrirait pas d’un manque de « peau » mais d’un excés, de carapaces formées par l’accumulation de sentiments négatifs validés par le réel et durcies par des postures identitaires et héroïques. Dans cette course à l’épiderme guerrier surgit au bon moment l’armure caoutchoutée du gendarme mobile venu tanner le cuir récalcitrant de l’indiscipline sociale.

Modestement pendant 4 jours un groupe d’étudiants d’architecture et d’art a circulé dans ces espaces complexes et a tenté, armés de leur sensibilité, d’y produire quelques porosités. Ils ont été accompagnés en cette aventure par Irina Botea et Calin Dan, deux artistes roumains, passeurs d’histoires, de frontières et de peaux.

François Duconseille

Scénographe et plasticien

Professeur à l’ESADS

responsable du Pôle Espaces Publics de l’Option Design & Scénographie

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