Regards sur le Stockfeld / Texte de Laurent Reynes

novembre 12, 2010

Le workshop «E-cité-Bucarest » a été l’occasion de tester et d’éprouver différents aspects de l’interaction actuelle entre les deux disciplines, art et architecture.

Les deux écoles d’art et d’architecture de Strasbourg se sont réunies durant trois jours, à travers une trentaine d’étudiants de 2° année de master. Ils ont travaillé librement, individuellement ou par groupes, mixant souvent les deux écoles de manière volontaire.

L’objet d’étude était le quartier du Neuhof-Stockfeld, dans toutes ses dimensions (physiques, sociales, historiques…) Les étudiants étaient libres de mettre en exergue un aspect du quartier, ou d’intervenir de manière physique et directe. La liberté a été volontairement laissée très grande afin de faciliter l’apparition d’observations et d’interventions de natures très différentes.

A l’heure du bilan, divers niveaux de lecture semblent se dégager, tant d’un point de vue artistique qu’architectural, ou encore pédagogique.

L’approche artistique ne fait pas de doute quant aux résultats que les étudiants ont présentés. Les actions et les travaux mis en place ont prouvé la capacité, la spontanéité, la réactivité, et l’immédiateté de la réflexion artistique. Le foisonnement d’idées produites par les divers groupes d’étudiants, les méthodes souvent intuitives développées dans la pluralité des concepts sont dues à l’approche plutôt artistique du lieu. La performance (projet « Neuhof Football »), l’interactivité, la sollicitation des habitants ont été les techniques semble-t-il les plus mises en oeuvre pour mener à bien les idées. La photographie ou le petit film, moyens rapides, furent les deux techniques de restitution et de rendu des travaux.

Ces remarques semblent évidentes au regard du projet « Neuhof – Football » ou le ballon a été l’objet d’échange, de conversation, de discours, de lien, entre les étudiants et les jeunes du quartier. La manière de filmer les pieds des joueurs en entendant leurs voix (presque) off, a été une manière très efficace de rendre compte de la vie du quartier, sans pour autant blesser ni juger la personne qui acceptait d’être interviewée.

L’approche plutôt architecturale du site était beaucoup plus diffuse mais pour autant bien présente. Elle était déjà dictée à la base même du sujet du workshop. Le sujet d’étude étant le quartier du Neuhof-Stockfeld, les étudiants ont eu dès le départ l’esprit tourné tour à tour vers la sociologie, l’histoire et la morphologie du quartier. Le projet « Là où je suis » consistait à aborder une personne dans la rue du quartier et, après lui avoir présenté une feuille de papier et un crayon, lui demander de dessiner sa situation dans le quartier à l’instant de l’interview. Le petit reportage montre donc des piétons qui dessinent le plan de leur quartier, avec tous les aléas que comporte ce genre d’exercice, entre la surprise provoquée par la demande et la connaissance réelle de leur quartier.

La sociologie du quartier est la composante la plus prenante et la plus évidente. Dès que l’on rentre un peu dans l’esprit du lieu, on se rend compte que la population réputée difficile pose son empreinte quasiment partout. En ce sens, le projet « Nique la police » a consisté à couvrir de dessins d’enfants un graffiti écrit à la bombe de peinture sur un mur du quartier.

Les étudiants ont donc senti de près la difficulté de réagir avec ce facteur social très prégnant. Les notions de « lien », de « pont », d’« échange », se sont souvent retrouvées dans les résultats, mettant ainsi en avant le besoin de contacts avec des couches sociales

auxquelles ils sont rarement confrontés. C’est donc cette approche sociale du lieu qui a été mise en évidence dans la plupart des travaux.

L’approche architecturale s’est aussi retrouvée dans l’observation et l’action sur l’espace des diverses entités du quartier. Dans le projet « Lien fenêtres », le groupe a voulu réellement tisser des liens physiques en tendant un ruban de chantier d’une fenêtre à l’autre d’appartements différents. S’ils avaient eu un peu plus de temps, l’entité bâtie ayant servi de support au projet, aurait étaient complètement tendue de ruban, créant ainsi comme un plafond, ou un velum, sur l’espace public. L’urbanisme de la cité du Stockfeld, totalement différent de celui de la cité du Neuhof, est le corollaire du facteur social indiqué plus avant. L’histoire architecturale et urbanistique du quartier se confond avec les diverses localisations et l’implantation des couches sociales.

La notion du temps a également été une donnée importante de cet atelier. La durée du travail, réduite à environ deux jours (en tenant compte des divers exposés de présentations et d’informations) a été appréhendée au départ comme une contrainte difficile, et s’est avérée être un facteur tonifiant et impulsif. La notion d’urgence s’est révélée être un moteur pour l’apparition des idées.

Cet atelier a vu l’émergence de concepts de base d’une teneur et d’une portée que les étudiants ont eu du mal à réellement apprécier par manque de recul. La spontanéité des idées et l’évaluation de leurs teneurs auraient nécessité plus de temps afin de pouvoir les exploiter à leur juste valeur et les développer pleinement.

Enfin, il me semble important de mentionner tout le côté positif de cette expérience commune liée à la participation des deux écoles. La complémentarité des deux visions artistique et architecturale n’est plus à démontrer tellement elle semble évidente et riche d’idées émergentes. De plus, ce workshop était placé sous la houlette des deux artistes roumains intervenants. Leurs travaux, découverts au cours de leurs exposés, leurs conseils et leurs remarques, ont été de solides repères et des références pour les étudiants. La richesse inter culturelle de cet atelier a ouvert des horizons multiples. Les points de vue techniques et analytiques inhérents à chacune de deux entités se sont révélés être très souvent en phase. L’art a besoin de l’architecture et inversement. C’est en rapprochant les deux disciplines que les protagonistes se rendent compte des logiques propres à chacune d’elles. Et c’est en les connaissant qu’ils peuvent ensuite les comprendre pour se les approprier.

La mixité mise en place par les conditions de ce workshop a permis de sentir et d’affirmer des complicités possibles entre les deux écoles. Les approches artistiques et architecturales contemporaines s’avèrent très complémentaires. La liberté et la spontanéité des uns, le pragmatisme et la méthode des autres se sont révélées être très concluantes quant aux résultats obtenus. Cette initiative est bien sûr à prolonger et continuer, avec d’autres intervenants sur d’autres objets d’études.

auxquelles ils sont rarement confrontés. C’est donc cette approche sociale du lieu qui a été mise en évidence dans la plupart des travaux.

L’approche architecturale s’est aussi retrouvée dans l’observation et l’action sur l’espace des diverses entités du quartier. Dans le projet « Lien fenêtres », le groupe a voulu réellement tisser des liens physiques en tendant un ruban de chantier d’une fenêtre à l’autre d’appartements différents. S’ils avaient eu un peu plus de temps, l’entité bâtie ayant servi de support au projet, aurait étaient complètement tendue de ruban, créant ainsi comme un plafond, ou un velum, sur l’espace public. L’urbanisme de la cité du Stockfeld, totalement différent de celui de la cité du Neuhof, est le corollaire du facteur social indiqué plus avant. L’histoire architecturale et urbanistique du quartier se confond avec les diverses localisations et l’implantation des couches sociales.

La notion du temps a également été une donnée importante de cet atelier. La durée du travail, réduite à environ deux jours (en tenant compte des divers exposés de présentations et d’informations) a été appréhendée au départ comme une contrainte difficile, et s’est avérée être un facteur tonifiant et impulsif. La notion d’urgence s’est révélée être un moteur pour l’apparition des idées.

Cet atelier a vu l’émergence de concepts de base d’une teneur et d’une portée que les étudiants ont eu du mal à réellement apprécier par manque de recul. La spontanéité des idées et l’évaluation de leurs teneurs auraient nécessité plus de temps afin de pouvoir les exploiter à leur juste valeur et les développer pleinement et continuer, avec d’autres intervenants sur d’autres objets d’études.

Laurent Reynes
Artiste et enseignant à l’ENSAS

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